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Paroles d'adultes





FIERTÉ RETROUVÉE

Il y a maintenant cinq ans de cela, je devenais aux yeux de la société une « décrocheuse », une bonne à rien. Même pas capable d'aller s'asseoir sur un banc d'école, quelle honte de ne pas fonctionner dans le système scolaire comme tout le monde… Pour la majorité des gens, je ne valais rien; on me disait que j'étais trop paresseuse et que je m'inventais des problèmes pour ne pas aller à l'école. La première fois que j’ai « foxé » (comme plusieurs de mes amis), il y avait un oral à faire et j'avais peur de me faire ridiculiser par le professeur et les élèves; je n'étais pas douée pour m'exprimer en public. Ajoutez à cela une timidité extrême, une apparence pas à la mode, les continuelles moqueries des élèves et très peu de qualités sociales pour interagir avec les gens, vous avez là la triste recette qui m'a menée tout droit au décrochage. J'ai passé un an et demi à jouer au chat et à la souris avec mes parents. Le matin, je faisais semblant d'aller à l'école et puis je retournais à la maison ou j'allais perdre mon temps dehors, persuadée que je ne valais rien, que je n'étais pas intelligente et que je ne ferais rien de bon dans ma vie. Il m'est arrivé au cours de ces marches de penser au suicide, de me dire que le monde serait meilleur sans moi. Je n'avais plus de fierté, même en ayant un emploi, car à 7,35 $ de l'heure avec des conditions de travail exécrables, nul n'est fier; je ne voyais pas comment améliorer mon sort.

Pour moi, il n'y avait qu’une seule forme d'école, celle avec les règles strictes à respecter, des échéanciers qui ne se souciaient pas de ma situation personnelle. Bref, il fallait entrer dans le moule sous peine de sanctions hautement rébarbatives. Je ne croyais plus en moi et je déprimais de plus en plus à ne rien faire de constructif. J'ai bien tenté quelques retours à l’école, mais ils se sont tous soldés par des échecs, faute de soutien. Un jour, j'ai entendu parlé d’un type d’école qui laissait plus de liberté à ses élèves. J'ai fait des recherches pour découvrir qu'il y avait un centre de formation pour adultes tout près de chez moi. Après quelques semaines d'hésitation, j'ai fait le grand saut. J'ai quitté mon emploi (que je détestais) et je me suis inscrite de soir parce que le matin, je n'arrivais pas à me lever à l’heure !!! La première journée était une journée d'accueil pour les nouveaux, j'étais très angoissée, mais on m'a tout de suite rassurée. J'ai pu rencontrer mes professeurs et la direction; tout s'est bien passé. Ils étaient à l'écoute de mes problèmes... Il y avait 24 élèves dans la classe et le professeur avait tout le temps de m'expliquer et de parler avec moi. Pour la première fois depuis longtemps, on montrait de l'intérêt à mon égard. Avec beaucoup d’efforts et de soutien du personnel enseignant et des intervenants, j'ai réussi à retrouver confiance en moi. Aujourd'hui, je suis en secondaire cinq, je n'aurais jamais cru y arriver; j'ai d’excellentes notes et j'ai retrouvé toute ma dignité et ma fierté jadis perdue... Il faut garder espoir et persévérer parce que lorsque vous serez prêts à retourner aux études, sachez qu'il y a des professeurs compétents et motivés qui vous attendent.

Lili Bonnier (élève du centre LeMoyne d'Iberville)

 

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